NOTE D’INTENTION

Ecrivant sur le genre road-movie le journaliste Jacky Goldberg écrit dans un numéro spécial Rock et Cinéma des Inrockuptibles : " ... la route, la quête initiatique, la liberté offerte par l'immensité du territoire et l'opulance, tout ça n'est qu'un leurre, une illusion. Ce qui importe, c'est ce qu'on en fait". 

Fruit d'une idéologie contestataire, celle de la contre-culture, le road-movie témoigne d'un mal de vivre dû à une impossibilité de liberté. L’issue finale est aussi souvent très amère. Dans mon film, le road-movie a une vocation et une issue positive : même si l'objet de la quête est incertain, il survient, sur la route, une relation entre les personnages qui n'aurait pu avoir lieu sans le temps pris à voyager. La découverte de soi-même se fait au contact des grands espaces et des autres, ce qui permet au plan personnel de réintégrer la société - forme de rédemption pour tous nos personnages.

L’île représente l’idée de l’enfermement, du huis clos à l'opposé de l'île évasion vantée par les agences de voyage. C’est le cas de l’Islande, d'où mes personnages ne peuvent s’échapper ne cessant de se croiser sur l'unique route qui en fait le tour. L’idée de la rencontre inéluctable dans le voyage insulaire me passionne. Se rencontrer c’est se parler, échanger et donc par là même se libérer. L'île permet non seulement de maintenir les personnages en vase clos pour l’échange et la confrontation des caractères, mais elle nous offre également la beauté de ses décors. La puissance de la nature comme toile de fond, tableaux de vie.

La voiture omniprésente avec sa contrebasse sur le toit, est suivie dans ces grands espaces. Elle nous donne l'échelle démesurée des paysages nordiques. On a froid. On tape des pieds pour se réchauffer. On préfère les longues discussions dans une voiture chauffage allumé. Le paysage défile devant un pare-brise de pluie, entre les essuie-glaces en action. La tente est secouée par le vent violent. Ce climat tellement changeant est pour moi un allié. A l'inverse des films de ville, j'ai besoin d'espace dans mon cinéma. De l'air ! La montagne et la mer, l'alpinisme et le surf, le ying et le yang, deux pans inséparables de ma vie se retrouvent là dans les paysages islandais.

Avec ses rencontres à la croisée des chemins, ses séparations et ses voies sans issue, Les Eléphants Perdus nous emmène rejoindre une famille, un(e) ami(e), un idéal. On quitte une ville, une personne, un mal-être. Fuite ou quête initiatique ? Les Eléphants Perdus fait de la route un lieu d'expérimentation, de liberté et de révolte face à l'ordre établi. Une façon également d'opérer un retour sur soi, de se questionner sur les fondements de notre société moderne et donc sur notre vie, passée et future. Le film s'inscrit dans cette forme narrative d'une quête géographique et humaine. Physique et spirituelle.

 

Claude Andrieux